Wasabi 2.0 au forum de l'Afaup
Organisé par l’Afaup (Association française de l’Agriculture urbaine) les 28 et 29 octobre 2025, le « Forum technique pour des villes nourricières » a rassemblé acteurs de terrain, chercheurs et collectivités autour des enjeux techniques et sociaux de l’agriculture urbaine. L’événement visait à dépasser les idées reçues, notamment celle de l’autosuffisance alimentaire des villes, pour repositionner l’agriculture urbaine comme un levier de transition agroécologique, sociale et territoriale. Les conclusions viennent d’être publiées sur ce lien.
Les conférences introductives rappellent que l’agriculture urbaine ne nourrit pas la ville par les volumes, mais par la diversité de ses fonctions : régénération des sols via les biodéchets, adaptation climatique, création d’îlots de fraîcheur, biodiversité, innovation sociale et renforcement du lien entre citadins et alimentation. Inscrite dans une démarche agroécologique, elle repose sur le respect du vivant, l’adaptation aux contextes locaux et une vision de long terme.
Les travaux de recherche présentés montrent une montée en puissance scientifique du principe, désormais structuré et reconnu. Ils confirment la faisabilité sanitaire des productions urbaines, le potentiel nourricier partiel mais réel, et l’intérêt des systèmes innovants (micro-fermes, substrats alternatifs, gestion circulaire des flux urbains). La coopération entre chercheurs et praticiens apparaît essentielle pour produire des connaissances utiles et opérationnelles.
Notre chef de file, Haïssam Jijakli, intervient au chapitre « Modèles technico-économiques en aquaponie ». Dans sa présentation, il propose un instantané des modèles technico-économiques de l’agriculture urbaine, avec un focus particulier sur l’aquaponie. Après une présentation de la plateforme Wasabi (pour rappel : Plateforme Wallonne de Systèmes innovants en Agriculture et Biodiversité urbaine) et à partir d’une étude menée pour la FAO (Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture), il identifie six grands modèles économiques, allant de projets domestiques ou pédagogiques à des fermes commerciales de différentes tailles, en contexte urbain, périurbain ou hors-sol.
La présentation du professeur de Gembloux Agro-Bio Tech souligne que l’aquaponie repose sur une logique de circularité : recyclage de l’eau, valorisation des effluents piscicoles comme fertilisants, optimisation de l’espace et réduction des intrants. Les résultats de recherche présentés montrent que les performances agronomiques (rendements, qualité commerciale, pression parasitaire) sont globalement comparables à celles de l’hydroponie pour la majorité des cultures, même si certaines productions longues restent plus exigeantes techniquement.
Sur le plan économique, il insiste sur la diversité des modèles d’affaires et sur le fait que la rentabilité ne dépend pas uniquement des rendements, mais aussi du dimensionnement, de la maîtrise des coûts, des débouchés commerciaux et du contexte territorial. L’aquaponie peut être économiquement compétitive, voire plus rentable que l’hydroponie dans certains cas, à condition d’une conception rigoureuse et d’une anticipation des risques.
Enfin, Haïssam Jijakli met en évidence les besoins de recherche à venir : optimisation des performances, analyses technico-économiques fines, outils d’aide à la décision et dispositifs expérimentaux. L’aquaponie apparaît ainsi comme un champ en structuration, prometteur mais exigeant, nécessitant un fort lien entre recherche et pratiques de terrain. Notre chef de file poursuit la réflexion dans une courte interview :
Vos travaux montrent des performances agronomiques proches de l’hydroponie, mais avec certaines limites sur les cultures longues ou très exigeantes. A quoi sont dues ces limites ?
Les limites de performances sur des cultures telles que la tomate peuvent être attribuées à une concentration moindre en éléments nutritifs indispensables pour la floraison et la fructification (phosphate, potassium). Pour pallier ces limites, il est possible de complémenter l'eau des plantes pour les éléments nutritifs trop peu concentrés à condition que cela n'influence pas négativement la croissance et la santé des poissons. Si cela était le cas, il est possible alors de découpler le système, c'est à dire que l'eau circule des poissons vers les plantes mais plus des plantes vers les poissons.
L’aquaponie intra-urbaine reste marginale malgré ses atouts en circularité et en économie d’espace. Selon vous, quels sont aujourd’hui les principaux freins à son déploiement en ville ?
Toute activité agricole en ville est limitée par la surface accessible et le coût de cette surface. L'aquaponie n'échappe pas à ces limitations. Certains projets d'aquaponie multiplient les défis techniques et financiers lorsque par exemple ils veulent s'implanter en toiture. Il est conseillé de développer des systèmes simples et si possible sur la terre ferme. Enfin, le modèle économique et le réel besoin des consommateurs ne sont pas toujours considéré. Il est important de connaitre le profil des consommateurs dans le quartier où l'on souhaite s'implanter afin de répondre à leurs attentes…
