Les orateurs
Portraits et interviews des intervenants aux URBAgr'inn Days
Jan-Eelco Jansma, Jess Halliday, Eric Duchemin, Monika Onyszkiewicz, Marga Vintges, Guillaume Morel-Chevillet, Verónica Arcas-Pilz, Haïssam Jijakli...
Jan-Eelco Jansma
Dr Ir Jan-Eelco Jansma est un chercheur spécialisé dans les systèmes alimentaires urbains au sein du groupe des sciences végétales de l'université et de la recherche de Wageningen (Pays-Bas). Titulaire d'une licence et d'une maîtrise en sciences agricoles et d'un doctorat en sciences sociales et en planification, il a consacré sa carrière à l'amélioration de l'équilibre entre l'agriculture et les besoins de la société.
Au cours des 25 dernières années, il a exploré différentes perspectives sur les systèmes alimentaires urbains aux niveaux local, national et européen. Ses travaux portent en particulier sur les politiques, la planification et l'intégration de l'agriculture urbaine et périurbaine dans les territoires.
Animé par une ambition de transformation durable, le Dr Jansma se distingue par son expertise et son engagement à réconcilier l'agriculture et la société dans un monde en constante évolution.
Jess Halliday
Jess Halliday est directrice générale de RUAF CIC et coordinatrice du RUAF Global Partnership on Sustainable Urban Agriculture and Food Systems (www.ruaf.org). Spécialiste de la gouvernance des systèmes alimentaires urbains, elle fournit des services de conseil et de réflexion sur des sujets tels que la politique agricole urbaine, la résilience aux chocs et stress multiples, le genre et l'inclusion, et les environnements alimentaires. Parmi ses projets actuels et récents, citons : consultant principal pour le programme FAO-RUAF City Region Food Systems ; consultant pour le programme Urban Futures de la Fondation Hivos-Botnar ; associé au programme CGIAR Resilient Cities ; co-rédacteur en chef de Urban Agriculture Magazine. Jess est l'auteur d'un certain nombre de publications évaluées par des pairs et intervient régulièrement lors de conférences internationales.
Avant de rejoindre le RUAF en 2018, Jess a coécrit un rapport important pour le Groupe international d'experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-Food) intitulé "What makes urban food policy happen". En 2015, elle a travaillé au Cirad sur un projet de recherche sur les mécanismes politiques des gouvernements locaux et les leviers des politiques alimentaires urbaines dans le monde.
Jess a obtenu son doctorat en politique alimentaire au Centre for Food Policy de la City University de Londres en 2015. Auparavant, elle a travaillé comme journaliste spécialisée dans l'alimentation et la nutrition pendant plus de dix ans.
Eric Duchemin
Directeur scientifique et de la formation au Laboratoire d'agriculture urbaine (Laur), Éric Duchemin coordonne l'ensemble de la recherche interdisciplinaire au Laur. Il est également responsable des activités de soutien aux fermes urbaines et aux initiatives sociales du Laur, ainsi que des installations de recherche de cette structure, dont deux fermes urbaines sur toit et un incubateur d'entreprises.
Depuis plus de 15 ans, il mène des recherches interdisciplinaires sur l'agriculture urbaine afin de documenter ce mouvement social. Il a coordonné, entre autres, le projet de recherche « Évaluation de l'agriculture urbaine comme infrastructure verte pour la résilience individuelle et collective dans le contexte des changements climatiques et sociaux » et « Cultiver les villes pour nourrir le changement ». À titre de directeur du Laur, il a accompagné, au Québec, plus de dix villes dans l'élaboration de leur stratégie d'agriculture urbaine ou de leur plan communautaire alimentaire.
Spécialiste reconnu internationalement, il anime des formations, participe à des comités et à des projets de recherche ou d'intervention à l'international, notamment au Canada, en France, en Belgique et aux États-Unis.
Eric, pouvez-vous développer votre vision de l’agriculture urbaine ?
L'agriculture urbaine est un moteur de changement afin de rendre les villes et les systèmes alimentaires plus écologiques et résilients, tout en favorisant l'économie circulaire au sein des villes et l'inclusion sociale. Elle permet le développement de systèmes alimentaires alternatifs locaux. Elle rapproche les citoyennes et citoyens des enjeux agricoles et permet l'implication des instances municipales dans les enjeux alimentaires, en autres par le développement de politiques ou de stratégies. Finalement, l'agriculture urbaine est aussi un espace d'innovation et d'expérimentation de la production alimentaire afin de faire face aux enjeux environnementaux de demain.
Comment faire progresser l’agriculture urbaine et Europe ? Dans le monde ?
Je réponds ici avec ma perspective Nord-américaineL'agriculture urbaine (plus particulièrement les entreprises agricoles urbaines) n'est pas différente du secteur agricole existant et son développement passe par un soutien des gouvernements. Tant par le soutien aux services écosystémiques qu'elle apporte aux villes que par la mise en place d'un écosystème de services-conseils, de formation et de recherche. La production alimentaire et le développement de villes plus écologiques et résilientes est un enjeu sociétal, et l'agriculture urbaine est l'un des outils pour y répondre.
Économiquement, quelle place l’agriculture urbaine peut-elle occuper ?
Économiquement, l'agriculture urbaine reste encore marginale en termes de création d'emplois, mais cela se développe. Il faut se souvenir que les entreprises agricoles restent encore de jeunes entreprises et que l'écosystème de soutien à ce secteur économique au sein de la filière agricole reste à construire, et ce pour la grande majorité des régions ou des pays. Par contre, l'agriculture urbaine est une pouponnière pour la relève agricole et le développement de réseaux locaux sur l'alimentation. Les Fermes Lufa, avec 50 000 clients par semaine et près de 900 employés, un l'un des exemples du potentiel économique de l'agriculture urbaine.
Nous avons mené deux études sur ce sujet, disponibles sur ces liens :
LES ENTREPRISES AGRICOLES URBAINES AU QUÉBEC : IMPACT ÉCONOMIQUE ET POTENTIEL DE DÉVELOPPEMENT
Monika Onyszkiewicz
Monika Onyszkiewicz is a key figure in promoting sustainable urban agriculture in Poland. She is associated with the Fundacja EkoRozwoju (Foundation for Ecological Development), where she plays a central role in initiatives aimed at transforming urban landscapes into productive green spaces.
Since 2024, she has been involved in the European FOODCITYBOOST project, which aims to assess the impact of urban agriculture and develop policies to promote its sustainable development. This project brings together 20 partners from 9 countries and implements "living labs" in six European cities, including Wrocław, Poland.
Previously, Monika contributed to the FoodSHIFT2030 project (2020-2024), focused on transforming European food systems toward models based on a low-carbon circular economy. In this capacity, she facilitated collaboration between consumers, restaurateurs, and food producers to promote urban agricultural solutions in Wrocław.
Her commitment also extends to promoting fair trade in Poland. She is a board member of Fundacja Fairtrade Polska, a non-profit organization representing Fairtrade International in Poland.
Marga Vintges
Marga Vintges est conseillère stratégique en matière d'innovation horticole et de coopération internationale pour la municipalité de Westland et le cluster régional Greenport West-Holland. Diplômée en 1984 d'une maîtrise en biophysique à Utrecht, elle a commencé sa carrière dans la politique scientifique, occupant des postes au sein du gouvernement néerlandais, du Conseil des sciences des Pays-Bas et de l'Université technique de Delft.
Convaincue de l'importance de la coopération nationale et internationale pour renforcer la position de la science, elle a joué un rôle clé en tant que présidente du Laboratoire européen de biologie moléculaire (EMBL), où elle a pu créer des liens entre les politiques scientifiques des différents États membres.
En tant que conseillère stratégique pour la municipalité du Westland, Marga Vintges est devenue une experte de la politique d'innovation appliquée à l'horticulture. Elle s'est notamment engagée à faire reconnaître l'importance de l'horticulture au niveau européen. Son travail consiste également à développer et à renforcer la coopération au sein du cluster régional Greenport West-Holland, qui est au cœur de l'industrie horticole néerlandaise. Avec une vision stratégique et une expertise avérée, Marga Vintges continue de promouvoir l'innovation et la collaboration dans le secteur horticole, renforçant ainsi la position de ce domaine en Europe et au-delà.
Marga, pouvez-vous nous présenter votre vision de l'agriculture urbaine ?
L'agriculture urbaine est particulièrement nécessaire dans les zones métropolitaines où l'approvisionnement en aliments frais, comme les légumes et les fruits, est un défi logistique. Ce n'est pas la qualité et la quantité de la production alimentaire, mais la qualité du système logistique pour les produits frais qui est essentielle à un régime alimentaire sain pour tous.
Comment pouvons-nous faire progresser l'agriculture urbaine en Europe ? Dans le monde ?
L'agriculture urbaine nécessite des systèmes de production et des zones de sauvegarde spécifiques, tels que les environnements agricoles contrôlés (EAC). Il est nécessaire d'aménager l'espace pour ces zones connectées à l'eau douce, à l'énergie (si nécessaire), à la connaissance, aux connexions logistiques (transport et Internet).
Sur le plan économique, quelle place l'agriculture urbaine peut-elle occuper ?
Chaque ville ou zone métropolitaine peut accueillir l'agriculture urbaine. Mais il faut une politique pour créer un lieu avec les bonnes ressources.
Guillaume Morel-Chevillet
Guillaume Morel-Chevillet est chercheur et consultant en agriculture urbaine et nature au sein d’Astredhor, l’Institut technique de l’horticulture en France. Paysagiste et ingénieur de formation, il a d’abord exercé pendant huit ans en France et aux États-Unis, notamment sur des projets de toitures végétalisées. En 2013, lors d’un séjour à Montréal, Canada, il découvre le mouvement de l’agriculture urbaine, qui transforme sa carrière.
Depuis 2015, il se consacre à la recherche sur l’agriculture urbaine au sein d’ASTREDHOR. Entre 2015 et 2017, il analyse plus de 70 projets professionnels d’agriculture urbaine aux États-Unis, au Canada, en Europe et en France. Depuis 2017, il participe à des programmes de recherche nationaux et européens sur l’agriculture urbaine et enseigne dans plusieurs universités et écoles d’ingénieurs.
Avec Astredhor, Guillaume Morel-Chevillet a également fondé TechnAU, un bureau d’études dédié à l’agriculture urbaine, qui accompagne les acteurs publics et privés dans leurs projets. Auteur du livre "Agriculteurs Urbains, du balcon à la profession" (Éditions France Agricole, 2017), il explore les nouveaux métiers créés par l’agriculture urbaine, tels que les architectes-paysagistes sociaux, les jardiniers de serres sur les toits, les cultivateurs en intérieur ou encore les exploitants de microfermes urbaines. Cet ouvrage, exclusivement en français pour le moment, envisage également les perspectives d’évolution du secteur agricole traditionnel à travers cette dynamique.
Fort de son expertise et de sa vision novatrice, Guillaume Morel-Chevillet joue un rôle central dans le développement et la professionnalisation de l’agriculture urbaine, un secteur clé pour l’avenir des villes.
Guillaume, pouvez-vous développer votre vision de l’agriculture urbaine ?
L'agriculture urbaine de 2025 n'est pas celle de 2015, elle a beaucoup mûri et les modèles durables sont aujourd'hui mieux connus, comme les fermes formes sociales intégrées au coeur des quartiers : insertion par le travail, pédagogie. Ces formes ont été portées, notamment en France, par des acteurs institutionnels dynamiques. D'autres formes comme les fermes urbaines en lisières de ville et à vocation de production alimentaire ont elles aussi fait leurs preuves en s'intégrant dans les stratégies de relocation alimentaire des territoires urbains.
A contrario, les formes plus technologiques ont plus de mal à se déployer et perdurer, sauf dans certains contextes insulaires ou désertiques. Je pense ici aux fermes "indoor" ou aux serres en toiture. A mon sens, cela est dû aux forts investissements, aux charges de fonctionnement et l'activité mono orientée sur la production végétale. L'agriculture urbaine de demain sera probablement donc une hybridation entre espaces de nature en ville (parc, jardin) et espaces productif (maraichage, arboriculture) répondant aux besoins de rafraichissement, d'alimentation saine, de liens sociaux et de qualité de l'air des citadins.
Comment faire progresser l’agriculture urbaine et Europe ? Dans le monde ?
Vaste question ! Je crois que le mouvement de l'agriculture urbaine a acquis une relative crédibilité auprès des acteurs publics mais qu'il manque un basculement vers une robustesse économique pour réellement déployer les agriculture urbaines à travers les villes européennes et mondiales. Ce basculement économique doit nécessairement s'appuyer sur une prise de conscience collective de l'importance de ces formes de nature en ville productive. Cela passe également par une protection à long terme du foncier agricole en ville. L'un des exemples que je trouve frappant est celui des 400 fermes de l'arrondissement de Nerima, à Tokyo. Historiques, ces outils de production agricole favorisent un vrai lien entre habitants de ce quartier tout en offrant un paysage unique. Cependant, l'âge avancée de ces agriculteurs urbains et la pression immobilière sur leur foncier, de moins en moins protégé, incitent à un déclin progressif de ces fermes. A contrario, en France, les politiques publiques qui luttent contre l'étalement urbain (loi ZAN) et qui reterritorialisent l'alimentation (Projets alimentaires Territoriaux) favorisent une protection des terres agricoles et le développement de formes agricoles productives en frange des villes. C'est donc à l'échelle de chaque villes, chaque pays que l'agriculture urbaine peut progresser.
Économiquement, quelle place l’agriculture urbaine peut-elle occuper ?
Je pense que les modèles économiques d'agriculture urbaine sont à la croisée de plusieurs domaines. Tout d'abord celui du social avec des modèles similaires à ceux de l'économie sociale et solidaire (plus de 10 % du PBI en France tout de même !) mais également celui de la Nature en Ville, du Paysage (à titre d'information le secteur du paysage représente près de 8 milliards d'euros de chiffre d'affaires en France) et enfin celui de l'alimentation locale et saine.
Le mouvement dispose donc de plusieurs solutions pour se déployer dans une pluralité de secteurs économiques. L'élément clef de réussite d'un projet étant bien entendu de cibler une demande précise pour une clientèle bien identifiée, qu'il s'agisse de la vente d'un produit ou d'un service. Pour aider à la structuration du mouvement les agriculteurs urbains peuvent également se tourner vers les réseaux d'entraides, je pense notamment à l'Afaup en France qui fédère près de 200 porteurs de projet professionnels. Une vraie réussite gage de pérennité !
Verónica Arcas-Pilz
Verónica Arcas-Pilz est chercheuse postdoctorale au sein du groupe de recherche Sostenipra de l'Institut de Ciència i Tecnologia Ambientals (ICTA-UAB), à l'Universidad Autónoma de Barcelona (UAB). Elle est titulaire d'une licence en biologie de l'UAB, avec une spécialisation en biologie et physiologie végétales, et d'une maîtrise de l'université de Hohenheim (Allemagne) en "protection de l'environnement et production agricole alimentaire".
Elle a obtenu son doctorat au sein du groupe de recherche Sostenipra, où sa thèse portait sur la réduction de l'empreinte environnementale de la production agricole urbaine, dans une perspective d'économie circulaire. Ses travaux actuels portent sur les flux symbiotiques entre l'agriculture et les villes, et plus particulièrement sur la valorisation des flux de déchets urbains pour la production agricole locale.
Son expertise, à l'intersection de la biologie végétale, de l'agriculture urbaine et de l'économie circulaire, fait d'elle une figure clé de la recherche visant à renforcer la durabilité des systèmes alimentaires urbains.
Verónica, pouvez-vous nous présenter votre vision de l'agriculture urbaine ?
Je pense que l'agriculture urbaine doit être totalement intégrée dans le paysage urbain. Non seulement physiquement, avec des serres intégrées dans les bâtiments ou comme murs verts et servant de tampons climatiques, mais aussi intégrée dans le métabolisme urbain, servant de puits pour les flux urbains et de ressource pour les citoyens. Je l'envisage également comme un outil éducatif, pour rapprocher les gens de l'agriculture et de l'effort et du coût requis pour cultiver des plantes.
Comment pouvons-nous faire progresser l'agriculture urbaine en Europe ? Dans le monde ?
Je pense que la clé ne réside pas seulement dans la recherche des avantages potentiels associés à l'environnement et au bien-être, mais aussi dans l'acceptation par le public et la compréhension des synergies possibles entre l'agriculture urbaine et la ville, qui peuvent la rendre intéressante et rentable pour d'autres secteurs.
Sur le plan économique, quelle place l'agriculture urbaine peut-elle occuper ?
Haïssam Jijakli
